Pétrole: le grand bluff de l’OPEP+ face à l’effondrement des cours

Le cartel a décidé de presque tripler le volume de production initialement prévu.
La stratégie de l'OPEP est aussi un piège tendu aux producteurs de pétrole de schiste américains.

Alors que les marchés pétroliers s’attendent à un ralentissement économique mondial, l’OPEP+ surprend en triplant ses objectifs de production. Une stratégie qui interroge face aux menaces de guerre commerciale déclenchées par Donald Trump.

Dans un contexte où les analystes financiers multiplient les prévisions pessimistes concernant le marché du pétrole, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) vient de prendre une décision qui a stupéfié les observateurs. Le cartel, qui contrôle environ 40% de la production mondiale de pétrole brut, n’a pas seulement maintenu ses projets d’augmentation de production, mais a décidé de presque tripler le volume initialement prévu.

Concrètement, huit producteurs clés de l’alliance – l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et l’Oman – ont annoncé une augmentation combinée de 411 000 barils par jour, alors que les prévisions tablaient sur moins de 140 000 barils quotidiens supplémentaires. Une annonce qui a immédiatement fait chuter les cours du pétrole de 6%.

Cette décision intervient dans un climat économique particulièrement tendu. Donald Trump, fraîchement réinstallé à la Maison-Blanche, a annoncé des droits de douane d’une ampleur considérable, faisant craindre une guerre commerciale mondiale et un ralentissement économique généralisé. Face à ces menaces, Goldman Sachs a revu à la baisse ses prévisions de prix pour décembre 2025, ramenant le baril de Brent (indice de référence mondial) à 66 dollars et le WTI (référence américaine) à 62 dollars. JPMorgan, de son côté, a relevé sa probabilité de récession mondiale à 60% pour cette année.

Pourquoi le cartel prend-il le contre-pied du marché ?

Plusieurs facteurs semblent expliquer cette stratégie à première vue déroutante. D’abord, le cartel affiche un optimisme à toute épreuve concernant la demande future de pétrole. Dans son communiqué, l’OPEP+ évoque des « fondamentaux toujours sains du marché et des perspectives positives », se plaçant ainsi à contre-courant du pessimisme ambiant.

Ensuite, cette décision pourrait constituer une forme d’apaisement envers Donald Trump. « Il s’agit en partie d’apaiser Trump », explique Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Marquee. « Trump fera pression sur l’OPEP pour qu’elle réduise les prix du pétrole, ce qui réduit les prix mondiaux de l’énergie, pour aider à compenser l’impact inflationniste de ses tarifs douaniers. » Une analyse que les responsables de l’OPEP ont toutefois formellement démentie.

La question de la discipline interne joue également un rôle crucial. Certains pays membres comme le Kazakhstan, l’Irak ou la Russie dépassent régulièrement leurs quotas de production, compromettant les efforts collectifs de régulation du marché. Selon Helima Croft de RBC Capital Markets, cette augmentation pourrait être un « signal d’alarme » adressé aux membres indisciplinés, leur rappelant que l’Arabie saoudite peut, si nécessaire, déclencher une guerre des prix comme en mars 2020, quand le Brent avait chuté jusqu’à 15 dollars le baril.

Enfin, cette stratégie pourrait viser à accroître la part de marché de l’OPEP au détriment des producteurs de pétrole de schiste américains, particulièrement sensibles aux variations de prix.

L’alliance maintient toutefois une certaine flexibilité, précisant que « les augmentations progressives peuvent être interrompues ou inversées en fonction de l’évolution des conditions du marché. » Les analystes estiment qu’une chute du prix du baril sous la barre des 60 dollars pourrait entraîner un revirement de stratégie, malgré la résistance probable de pays comme l’Irak et le Kazakhstan, désireux d’augmenter leur production pour des raisons budgétaires.

L’OPEP+ semble donc parier sur un rebond de la demande pendant l’été et sur une résolution rapide des tensions commerciales. « Ces pays sont largement satisfaits de la fourchette de 70 à 75 dollars le baril », note Nader Itayim d’Argus Media. Mais face aux incertitudes du marché, le cartel garde la possibilité d’adapter sa stratégie mois après mois. Car, comme le souligne Itayim, « si les choses ne se déroulent pas tout à fait comme ils l’imaginent, il suffit d’un coup de téléphone.»

Carrefour-Soleil

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