Sans remède contre le virus Nipah, l’Asie renforce ses barrières sanitaires

Le virus Nipah est un agent pathogène principalement transmis par les chauves-souris frugivores, également appelées renards volants.
Selon les autorités sanitaires américaines, entre 40% et 75% des cas de Nipah entraînent la mort.

L’apparition de nouveaux cas de virus Nipah en Inde a déclenché un mouvement de précaution sanitaire dans plusieurs pays asiatiques. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 75%, cette infection zoonotique soulève des inquiétudes, même si l’Organisation mondiale de la santé se veut rassurante.

Le virus Nipah est un agent pathogène principalement transmis par les chauves-souris frugivores, également appelées renards volants. Cette infection peut également contaminer d’autres animaux comme les porcs, les chèvres, les chevaux, les chiens et les chats. 

La transmission s’effectue par contact avec les fluides corporels d’un animal ou d’une personne infectée, incluant le sang, l’urine et la salive. La consommation de fruits contaminés, notamment ceux tombés au sol ou insuffisamment lavés, constitue également une voie majeure de contamination.

Les épidémies se déclarent principalement au Bangladesh, en Inde, en Malaisie, aux Philippines et à Singapour. Les populations de chauves-souris porteuses s’étendent à travers l’Asie, l’Australie et le Pacifique Sud. 

L’État indien du Kerala est désormais considéré comme la région la plus à risque au monde, suite à plusieurs dizaines de décès depuis 2018. La flambée actuelle concerne le Bengale occidental, où cinq personnes ont contracté le virus selon les autorités thaïlandaises.

Symptômes et évolution

Les symptômes apparaissent entre quatre et quatorze jours après l’infection : fièvre, maux de tête, toux, difficultés respiratoires, diarrhée, vomissements et grande faiblesse. Les cas graves évoluent vers des infections cérébrales mortelles, accompagnées de confusion, désorientation, troubles de l’élocution, convulsions ou coma. 

Selon les autorités sanitaires américaines, entre 40% et 75% des cas entraînent la mort. Des complications à long terme peuvent survenir, comme des convulsions ou des changements de personnalité, plusieurs mois voire années après l’exposition.

Le virus se propage par les fluides corporels via la toux et les éternuements. Bien qu’il se transmette principalement des animaux aux humains, la transmission interhumaine est possible par les gouttelettes respiratoires. Le contact étroit avec un animal infecté ou la consommation de jus de palmier dattier crus constituent des risques significatifs.

Le virus Nipah est un agent pathogène principalement transmis par les chauves-souris frugivores, également appelées renards volants. Photo: DR

Diagnostic et traitements

Le diagnostic repose sur l’examen des symptômes et l’historique de voyage dans les zones à risque. Un test RT-PCR confirme l’infection à partir d’échantillons prélevés dans le nez, la gorge, le liquide céphalo-rachidien, l’urine ou le sang.

Il n’existe aucun médicament spécifique pour traiter le virus Nipah. La prise en charge repose sur des soins symptomatiques : repos, hydratation, ibuprofène ou acétaminophène, antiémétiques et inhalateurs. La ribavirine a été utilisée lors de l’épidémie malaisienne de 1999, mais son efficacité reste incertaine. Le Remdesivir a permis d’améliorer le taux de mortalité lors de l’épidémie de 2023 au Kerala.

Aucun vaccin n’est actuellement approuvé. L’université d’Oxford mène des essais cliniques au Bangladesh et a lancé la deuxième phase en décembre 2025, offrant un espoir pour un futur vaccin efficace.

En l’absence de vaccin, les précautions incluent le lavage régulier des mains, l’évitement de tout contact avec des chauves-souris ou des porcs malades, ainsi qu’avec les arbres où les chauves-souris se perchent. Tous les fruits doivent être lavés et épluchés avant consommation, et ceux ayant touché le sol ou présentant des traces de morsures doivent être jetés.

Recommandations de l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de réduire l’accès des chauves-souris à la sève des palmiers dattiers en utilisant des protections comme des jupes en bambou. Le jus de palmier fraîchement récolté doit être bouilli. 

Dans les établissements de santé, des précautions contre les contacts et les gouttelettes doivent être prises, complétées parfois par des précautions contre la transmission aérienne. L’OMS considère que le risque de propagation depuis l’Inde reste faible et ne recommande pas de restrictions sur les voyages.

Contrairement au COVID-19, le virus Nipah ne présente pas les mêmes caractéristiques pandémiques. La transmission interhumaine, bien que possible, n’est pas aussi efficace. Les experts soulignent que les cas graves peuvent être traités en soins intensifs et que les mesures de contrôle classiques suffisent à limiter la propagation. 

La Thaïlande, l’Indonésie, le Népal et la Malaisie ont renforcé le dépistage dans les aéroports internationaux avec des scanners thermiques et des formulaires de santé, mais ces mesures relèvent davantage de la prudence que d’une urgence sanitaire mondiale.

Il n’y a pour l’instant aucune preuve d’une augmentation de la transmission interhumaine. Tel est l’avis de l’OMS. Néanmoins, elle s’emploie à renforcer la surveillance épidémiologique avec les autorités sanitaires indiennes pour limiter les risques.

Il s’agit de la septième épidémie documentée en Inde et de la troisième au Bengale occidental, où les épidémies de 2001 et 2007 ont touché des districts limitrophes du Bangladesh, qui signale des épidémies presque chaque année, selon l’OMS.

La première épidémie identifiée par l’OMS est survenue en 1998 en Malaisie et à Singapour, où au moins 250 personnes ont été infectées et plus de 100 sont décédées suite à la contamination par des porcs infectés. En 2014, des infections aux Philippines ont été liées à l’abattage de chevaux. Depuis 2001, des épidémies sporadiques se produisent en Asie du Sud. Au Bangladesh, elles ont été associées à la consommation de sève de palmier crue contaminée. Les premiers cas en Inde remontent à 2001 à Siliguri dans le Bengale occidental, où 75% des cas concernaient du personnel hospitalier.

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