Énergie solaire : l’Afrique passe de la pénurie à l’ambition

Le Global Solar Council anticipe une accélération fulgurante vers 33 GW d'ici 2029, sextupler la capacité actuelle en centrales solaires. Cette montée en puissance dessine un horizon où l'Afrique pourrait enfin concrétiser l'Objectif de Développement Durable n°7 : garantir à chacun l'accès à une énergie propre et abordable.
African american technician checks the maintenance of the solar panels. Group of three black engineers meeting at solar station.

Le soleil africain, longtemps synonyme d’aridité, devient l’allié de l’électrification. L’année 2025 a vu le continent franchir un seuil symbolique : 4,5 gigawatts (GW) de nouvelle capacité installée, soit 54% de plus qu’en 2024, pulvérisant ainsi le record établi deux ans plus tôt. Mais cette percée n’est qu’un avant-goût. 

Le Global Solar Council anticipe une accélération fulgurante vers 33 GW d’ici 2029, sextupler la capacité actuelle. Cette montée en puissance dessine un horizon où l’Afrique pourrait enfin concrétiser l’Objectif de Développement Durable n°7 : garantir à chacun l’accès à une énergie propre et abordable.

Trois nations dominent cette révolution photovoltaïque. L’Afrique du Sud mène avec 1,6 GW installés, suivie du Nigeria (803 MW) et de l’Égypte (500 MW). Ces pays illustrent la diversité des approches : projets à grande échelle connectés au réseau national versus solutions décentralisées adaptées aux contextes locaux.

Les données chinoises révèlent une explosion des importations. Entre juin 2024 et juin 2025, vingt pays africains ont enregistré des croissances records. L’Algérie multiplie par 33 ses importations d’équipements solaires. La Zambie, le Botswana et le Soudan les multiplient par huit, sept et six respectivement. Au total, les exportations chinoises vers l’Afrique bondissent de 60%, atteignant 15 032 MW de capacité potentielle.

L’Afrique mène deux transitions simultanées. La première, institutionnelle, privilégie les centrales solaires connectées au réseau, financées par des fonds publics et de développement. La seconde, décentralisée, s’appuie sur les installations résidentielles et commerciales adoptées par les ménages et entreprises privées.

Cette dualité constitue un atout majeur. Elle contourne les déficiences des réseaux conventionnels tout en déployant rapidement des solutions là où elles sont nécessaires. Les systèmes distribués répondent aux besoins de 600 millions d’Africains privés d’électricité. Comme le souligne Sonia Dunlop du GSC : « L’énergie solaire et le stockage sont l’espoir de l’Afrique. »

L’économie plaide pour le solaire. Au Nigeria, un panneau de 420 watts à 60 dollars produit 550 kWh annuels (14 cents/kWh). La même somme en diesel génère seulement 275 kWh, garantissant un retour sur investissement en six mois. Dans les pays où le diesel coûte le double, ce délai se réduit encore.

Les obstacles structurels

Le financement reste l’obstacle principal. Environ 82% des investissements proviennent de sources publiques, orientant les capitaux vers les grands projets au détriment des solutions décentralisées. Les entreprises de mini-réseaux estiment nécessaire 46 milliards de dollars d’ici 2030 pour électrifier 29 pays africains : 28 milliards de dette, 14 milliards de capitaux propres et 4,6 milliards de subventions.

Les cadres réglementaires peinent à suivre le rythme. La réalisation du potentiel de 33 GW dépendra de l’alignement du financement, de la planification et de la régulation sur les réalités du marché. L’incertitude persiste sur le taux d’installation effectif des panneaux importés, certains pouvant être réexportés pour éviter les droits de douane.

Pour garantir un accès universel à l’énergie propre d’ici 2030, trois leviers doivent être activés. D’abord, diversifier le financement en attirant massivement les capitaux privés vers les solutions décentralisées. Ensuite, harmoniser les cadres réglementaires pour faciliter le déploiement rapide. Enfin, renforcer les capacités locales de fabrication et maintenance pour réduire la dépendance aux importations et créer des emplois verts.

L’exemple pakistanais, où des importations similaires ont rapidement stimulé la capacité solaire, démontre la faisabilité. Les panneaux importés en Sierra Leone pourraient générer 61% de sa production électrique de 2023. Au Tchad, cette proportion atteint 49%. L’impact transformateur semble à portée de main.

La révolution solaire africaine n’est plus hypothétique. Les records de 2025, l’explosion des importations et l’engagement des acteurs dessinent un avenir où l’Afrique pourrait non seulement atteindre l’ODD 7, mais devenir un modèle de transition énergétique décentralisée et inclusive. 

Le défi consiste à transformer ce potentiel en accès concret pour 600 millions d’Africains encore privés d’électricité. Les outils existent, les capitaux commencent à affluer, la volonté politique s’affirme. Reste à coordonner ces forces pour que chaque foyer africain bénéficie de cette révolution énergétique qui redéfinira le développement du continent.

Frank Kodbaye