Tensions maximales entre Kigali et Bruxelles, le Rwanda coupe les ponts

Kigali a vertement accusé Bruxelles d’initier des « tentatives pitoyables de maintenir ses illusions néocoloniales », alors que les sanctions internationales se multiplient contre le régime de Paul Kagame.
La Belgique s'est positionnée à l'avant-garde des efforts visant à sanctionner le Rwanda pour ses ingérences dans l'est de la RDC.

Dans un geste fracassant qui bouleverse des décennies de relations postcoloniales, le Rwanda a brutalement rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique ce lundi. Cette décision explosive, tombée comme un couperet, ordonne l’expulsion de tous les diplomates belges sous 48 heures.

C’est une escalade sans précédent des tensions diplomatiques entre les deux capitales. Kigali a vertement accusé Bruxelles d’initier des « tentatives pitoyables de maintenir ses illusions néocoloniales », alors que les sanctions internationales se multiplient contre le régime de Paul Kagame.

Au cœur de cette tempête diplomatique : l’accusation portée contre Bruxelles d’avoir pris position contre Kigali dans le conflit sanglant qui déchire l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

La réaction belge ne s’est pas fait attendre. Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères, a immédiatement dénoncé une mesure « disproportionnée » sur les réseaux sociaux, regrettant que « lorsque nous sommes en désaccord avec le Rwanda, ils préfèrent ne pas s’engager dans le dialogue. »

Bruxelles riposte avec une série de mesures drastiques : convocation du chargé d’affaires rwandais, déclaration des diplomates rwandais comme personae non gratae et rupture des accords de coopération gouvernementale.

Ce séisme diplomatique survient dans le sillage immédiat des sanctions adoptées par le Conseil de l’Union européenne contre dix personnalités jugées responsables de la crise dans l’est congolais – une décision visiblement perçue comme une provocation inacceptable par Kigali.

Les sanctions de l’Union européenne ciblent particulièrement les hauts responsables rwandais suivants : Ruki Karusisi, commandant des forces spéciales, Eugène Nkubito et Pascal Muhizi ainsi, deux commandants de division de l’armée. Francis Kamanzi, directeur de l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz, figure également sur cette liste.

Blocage des intérêts rwandais

La Belgique s’est positionnée à l’avant-garde des efforts visant à sanctionner le Rwanda pour ces violences. Bruxelles a notamment appelé au blocage d’un accord sur les minerais et à la suspension de l’aide au développement, ainsi qu’à l’arrêt du soutien aux forces rwandaises de maintien de la paix au Mozambique.

« La Belgique a clairement pris parti dans un conflit régional et continue à se mobiliser systématiquement contre le Rwanda dans différents forums, en utilisant des mensonges et des manipulations », a dénoncé Kigali dans un communiqué officiel, accusant Bruxelles de chercher à « déstabiliser à la fois le Rwanda et la région ».

Le président Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000, avait déjà donné le ton le week-end dernier avec des déclarations particulièrement virulentes : « L’un des plus grands problèmes auxquels nous avons été confrontés est que nous avons été colonisés par un petit pays comme la Belgique, qui a découpé notre pays pour qu’il soit petit, comme elle. La Belgique nous a tués tout au long de l’histoire et revient sans cesse pour nous tuer davantage. »

Bien que Kigali nie toute implication directe dans le conflit en RDC, les autorités rwandaises affirment que leur propre sécurité est menacée par un groupe armé dont les racines remontent au génocide de 1994, basé en territoire congolais et prétendument ignoré par l’Occident.

La Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada ont par ailleurs réduit leur aide au Rwanda ces dernières semaines, renforçant l’isolement diplomatique du régime de Kagame sur la scène internationale.Ces développements laissent présager une reconfiguration des alliances dans la région des Grands Lacs, alors que la crise humanitaire en RDC continue de s’aggraver sous l’effet des violences armées.

Frank Kodbaye

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