La Chine lance sa réponse à Starlink et vise le marché du « Sud global »

SpaceSail a déjà mis en orbite 197 satellites en janvier 2025 et prévoit un déploiement ambitieux.
SpaceSail se lance déjà à la conquête du gigantesque marché des BRICS.

La Chine s’apprête à bousculer le monopole d’Elon Musk dans l’internet satellitaire avec SpaceSail, un concurrent direct de Starlink qui pourrait conquérir des marchés où l’entreprise américaine peine à s’implanter, notamment dans les BRICS.

Baptisé également Qianfan ou « Constellation des mille voiles », ce service haut débit par satellite en orbite terrestre basse (LEO) est géré par Shanghai Spacecom Satellite Technology (SSST) avec le soutien financier du gouvernement de Shanghai et de l’Académie chinoise des sciences.

Lancé discrètement, SpaceSail a déjà mis en orbite 197 satellites en janvier 2025 et prévoit un déploiement ambitieux : 648 satellites d’ici fin 2025, pour atteindre 1 296 à la fin de la première phase du projet, avec un objectif ultime de 15 000 satellites à l’horizon 2030.

Bien que Starlink dispose actuellement d’une avance considérable avec environ 7 000 satellites opérationnels et plus de cinq millions de clients dans une centaine de pays, l’entreprise chinoise mise sur une stratégie d’expansion rapide et cible prioritairement les marchés réticents à adopter la technologie américaine.

L’implication de Starlink dans des programmes militaires américains a soulevé des inquiétudes dans de nombreux pays soucieux de leur souveraineté numérique. Le service d’Elon Musk reste indisponible en Chine, en Russie, en Iran, en Afghanistan, en Syrie, à Cuba, en Corée du Nord et au Belarus – tous considérés comme des adversaires politiques ou économiques des États-Unis.

Cette situation offre une opportunité stratégique à SpaceSail, particulièrement dans les pays membres des BRICS. C’est le cas de l’Afrique du Sud, pays natal d’Elon Musk. Starlink fait face à un obstacle réglementaire majeur : la législation sud-africaine exige que 30% des parts des entreprises de télécommunications soient détenues par des groupes historiquement défavorisés.

Les tensions diplomatiques entre l’Afrique du Sud et les États-Unis ont encore compliqué la donne. Elon Musk, devenu proche allié du président Donald Trump, a critiqué les politiques d’autonomisation économique des Noirs sud-africaines, les qualifiant de « lois ouvertement racistes ». Il a même affirmé que Starlink n’était pas autorisé à opérer en Afrique du Sud « parce qu’il n’était pas noir.»

Ces déclarations ont provoqué la rupture des discussions entre le gouvernement sud-africain et Musk concernant d’éventuels investissements, le porte-parole de la présidence sud-africaine qualifiant ses opinions de « racistes » et « non progressistes ».

Le centre de lancement de satellites de Taiyuan à Shanxi, en Chine, a permis de mettre en orbite le premier lot de 18 satellites pour le réseau satellitaire Qianfan le 6 août 2024.

Se positionner partout où Washington flanche

SpaceSail semble déjà se positionner sur ce marché, comme en témoigne l’enregistrement de huit marques commerciales en Afrique du Sud dans trois catégories : télécommunications, ordinateurs et appareils scientifiques, et services technologiques.

L’entreprise chinoise bénéficie également des relations privilégiées entre la Chine et l’Afrique du Sud, tous deux membres des BRICS. D’autres entreprises chinoises comme Huawei et ZTE ont déjà réussi à s’implanter en Afrique du Sud malgré les règles strictes en matière de propriété.

SpaceSail a par ailleurs signé un accord pour offrir ses services de communication au Brésil dès 2026. Elle prévoit également de s’implanter au Kazakhstan où elle a d’ores et déjà ouvert une filiale. Au début de cette année, SSST a conclu un accord avec la société malaisienne Measat Global Bhd pour lui fournir des services à large bande par satellite.

En outre, la constellation SpaceSail vient de franchir une étape cruciale dans sa conquête du marché mondial de l’internet satellitaire. En janvier 2025, le réseau a effectué avec succès son premier test de connexion maritime au large de Hong Kong, démontrant sa capacité à fournir une connectivité haut débit fiable en pleine mer.

L’essai, réalisé sur un navire de croisière naviguant dans les eaux territoriales chinoises, confirme les ambitions du « Starlink chinois » d’étendre son offre bien au-delà des connexions terrestres. Cette démonstration technique représente une avancée significative pour le projet soutenu par Shanghai et l’Académie chinoise des sciences.

Selon des sources proches du dossier, le service maritime de SpaceSail ne se limitera pas au secteur touristique. Une fois pleinement opérationnel, il sera accessible à l’ensemble des utilisateurs maritimes, incluant explicitement la marine militaire chinoise.

Cette réussite technologique s’inscrit dans la stratégie plus large de la Chine visant à développer ses propres infrastructures numériques critiques et à réduire sa dépendance vis-à-vis des technologies américaines, tout en renforçant potentiellement ses capacités de communication militaire en mer.

Cette expansion du géant chinois dans l’internet satellitaire s’inscrit dans une logique de compétition technologique mondiale, où la Chine cherche à développer des alternatives aux infrastructures numériques américaines, tout en renforçant son influence dans les pays du Sud global.

Alors que la course à la connectivité spatiale s’intensifie, SpaceSail représente non seulement un défi technique pour Starlink, mais aussi un nouvel épisode de la rivalité géopolitique sino-américaine pour le contrôle des infrastructures numériques mondiales.

Frank Kodbaye

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