Le grand retour vers la Lune

Artemis 2 est une mission spatiale de dix jours. Elle enverra pour la première fois depuis 1972 des humains au-delà de l'orbite terrestre basse et effectuera un survol de la Lune.
Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen sont confinés au Centre spatial Johnson à Houston. Une précaution pour garantir leur santé et leur sécurité dans les jours précédant le lancement de la fusée Space Launch System (SLS).

Cinquante-quatre ans après Apollo 17, quatre astronautes s’apprêtent à renouer avec l’astre lunaire dans une mission historique prévue entre février et avril 2026.

Le compte à rebours a commencé. Vendredi 23 janvier, les quatre membres d’équipage d’Artemis 2 – Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch de la NASA et le Canadien Jeremy Hansen – sont entrés en quarantaine au Centre spatial Johnson à Houston. 

Cette mise à l’isolement marque l’ultime étape avant un décollage prévu au plus tôt le 6 février depuis le Centre spatial Kennedy. Une précaution cruciale pour éviter qu’une infection ne retarde cette mission spatiale majeure de la décennie.

Cette mission de dix jours enverra pour la première fois depuis 1972 des humains au-delà de l’orbite terrestre basse. À bord de la capsule Orion construite par Lockheed Martin et propulsée par la gigantesque fusée Space Launch System de 98 mètres, l’équipage effectuera un survol de la Lune. 

Le vaisseau s’approchera à 7 500 kilomètres au-delà de la face cachée, emmenant ses passagers plus loin que jamais dans l’espace. Cette distance permettra d’embrasser d’un seul regard la quasi-totalité de la face cachée, entièrement éclairée.

« Cette mission enverra des humains plus loin que jamais de la Terre », a déclaré Jared Isaacman, administrateur de la NASA. L’objectif : valider les systèmes de vol habité, tester les opérations scientifiques en environnement lunaire, et préparer Artemis 3 qui, dès 2028, devrait permettre aux astronautes de fouler à nouveau le sol lunaire.

La mission Artemis 2 est programmée pour durer 10 jours. Elle sera propulsée par la Space Launch System (SLS), une fusée haute de 98 mètres. Le voyage se fera en forme de 8 et en 14 étapes. La capsule Orion à bord de laquelle se trouveront les astronautes fera le tour de la Lune avant de revenir sur Terre.

Observations inédites

L’équipage consacrera une journée entière à l’observation de la face cachée de la Lune, territoire largement inconnu pour l’œil humain. « Ils seront les premiers humains à voir pratiquement toute la face cachée d’un seul coup d’œil », s’enthousiasme Jacob Richardson, responsable adjoint des sciences lunaires.

Parmi les cibles : Mare Orientale, immense bassin d’impact à la frontière entre les deux faces lunaires, et le bassin South Pole-Aitken, le plus grand cratère de la Lune s’étendant sur 2 500 kilomètres. Les astronautes, formés à identifier ces caractéristiques géologiques, devront également traquer les flashs d’impact produits lorsque des météoroïdes percutent la surface.

La mission sans équipage Artemis 1, lancée le 16 novembre 2022 après huit mois de reports, a révélé des problèmes critiques de fuites d’hydrogène lors des répétitions générales. Ces échecs ont contraint la NASA à repenser ses procédures de ravitaillement de la SLS, l’une des plus grandes fusées actives construite par Boeing et Northrop Grumman.

L’agence spatiale américaine a prévu une répétition générale cruciale dès le 31 janvier. Durant ce test, 700 000 gallons de propergol cryogénique (gaz très performant utilisé au décollage des fusées) seront chargés dans les réservoirs du lanceur lors d’un compte à rebours simulé, puis vidangés. Aucune date officielle ne sera annoncée avant la réussite de cet essai et la réalisation d’un examen complet de préparation au vol.

Le calendrier reste flexible. La NASA a identifié trois périodes de lancement entre le 6 février et le 6 avril. La position de la Lune dans son orbite crée une semaine de possibilités, suivie de trois semaines sans fenêtre disponible.Artemis 2 préfigure Artemis 3, dont le président Donald Trump souhaite voir l’accomplissement avant la fin de son second mandat.

L’objectif ultime est d’établir une colonie lunaire permanente au pôle Sud de la Lune. Dans cette région, la glace d’eau abondante pourrait être extraite et utilisée pour boire, respirer et comme source d’hydrogène et d’oxygène pour le carburant. Cette base lunaire servirait ensuite de tremplin pour les premières missions habitées vers Mars.

Frank Kodbaye