Pas de miracle avec le remdesivir et la chloroquine

Contre les virus, les chercheurs n'ont pour l'instant le bon remède.

Des équipes scientifiques investies dans la recherche de remèdes efficaces contre l’agent pathogène du Covid-19 caressaient l’espoir d’annoncer à l’humanité l’efficacité d’au moins deux médicaments: le remdevisir et de la bonne vieille chloroquine. Mais les premiers essais ne sont pas à la hauteur du défi.

Sélectionné pour un repositionnement thérapeutique par des chercheurs en Chine et aux États-Unis, le remdevisir, antiviral du laboratoire californien Gilead, destiné à lutter contre le virus Ebola, avait la capacité de réduire la réplication du virus SARS-CoV-2, selon plusieurs données in vitro.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), par la voix de son directeur général adjoint, Bruce Aylward, avait exprimé son optimisme dès le début du mois de mars, au démarrage des essais: « Il n’existe actuellement qu’un seul médicament duquel nous pensons qu’il pourrait avoir une réelle efficacité, le remdesivir

D’après les résultats d’un premier essai randomisé, le remdesivir n’améliorerait pas l’état des patients ni ne réduirait la présence de l’agent pathogène dans le sang. Les chercheurs ont étudié 237 patients, en donnant le médicament à 158 d’entre eux et en comparant leurs progrès avec ceux des 79 autres. Le médicament a également montré des effets secondaires importants chez certains, ce qui signifie que 18 patients ont été retirés de l’étude.

Au bout d’un mois, 13,9 % des patients sous remdesivir étaient décédés, contre 12,8 % dans le groupe de contrôle.

Ces informations ont été publiées par erreur sur le site de l’OMS. Ils ont été retirés rapidement, mais certains médias tels que STAT et Financial Times ont eu le temps de les enregistrer. L’OMS s’est évertuée à insister sur le fait le projet est en cours de révision par les pairs et que cette publication par inadvertance ne devrait pas être prise en considération.

« En réponse à la demande de l’OMS de partager rapidement les informations et les études, un projet de document a été fourni par les auteurs à l’OMS, puis affiché par inadvertance sur le site web et retiré dès que l’erreur a été constatée », a expliqué un communiqué de l’organisation onusienne.

Gilead a contesté la façon dont la publication, désormais supprimée, avait été présentée. L’entreprise américaine a souligné de son côté que les données montraient tout de même un « bénéfice potentiel ».

Un porte-parole a indiqué que la publication comprenait des éléments inappropriés de l’étude. Il a par la suite précisé que l’essai a été résilié en raison du faible nombre d’inscriptions et n’était donc pas statistiquement significatif.

« En tant que tels, les résultats de l’étude ne sont pas concluants, bien que les tendances des données suggèrent un bénéfice potentiel pour le remdesivir, en particulier chez les patients traités tôt dans la maladie », a-t-il ajouté.

Par la même source, nous apprenons qu’il existe plusieurs autres essais à grande échelle à des stades avancés qui devraient bientôt fournir des résultats plus probants.

Stephen Evans, professeur de pharmacoépidémiologie à la London School of Hygiene & Tropical Medicine en est persuadé. Mais il a émis quelques réserves. Ce scientifique n’est pas associé aux différents essais sur le remdesivir, mais observent avec attention les travaux de ses collègues. « Si le médicament ne fonctionne bien que lorsqu’il est administré très tôt après l’infection, il peut être beaucoup moins utile en pratique », a-t-il précisé.

La semaine dernière, la revue STAT a rapporté qu’il avait montré une efficacité significative dans un hôpital de Chicago où sont traités des patients qui font partie d’un des principaux essais.

Le remdesivir, qui a déjà échoué dans des essais contre Ebola, appartient à une classe de médicaments qui agissent directement sur le virus – par opposition au contrôle de la réponse auto-immune anormale et souvent mortelle qu’il provoque.

Il imite l’un des quatre éléments constitutifs de l’ARN et de l’ADN et est absorbé dans le génome du virus, qui à son tour empêche l’agent pathogène de se répliquer.

La course pour un remède efficace nécessite du temps et beaucoup d’essais.
Photo: Viacheslav Iakobchuk

 

Prudence dans l’utilisation de la chloroquine

 L’effet antiviral de la chloroquine et son dérivé moins toxique, l’hydroxychloroquine, se révèle également décevant. Les premiers résultats d’une étude préliminaire rendus publics le 21 avril par une équipe américaine douche les espoirs de nombreux experts et leaders politiques qui ont brandi cette molécule comme remède miracle.

L’emploi de l’hydroxychloroquine pour soigner 368 patients du réseau des hôpitaux publics pour anciens combattants américains n’a pas semblé améliorer le sort de malades du Covid-19. Les experts n’ont trouvé aucune preuve que l’hydroxychloroquine, médicament antipaludéen, avec ou sans l’antibiotique azithromycine, réduisait la mortalité ou la nécessité d’une ventilation mécanique. Les patients traités avec cette molécule sont soit morts, soit sortis d’hospitalisation avant le 11 avril.

Les chercheurs ont également découvert que l’hydroxychloroquine seule était associée à une augmentation de la mortalité. Accessibles sur le site medRxiv dans la version préliminaire, les résultats suggèrent que l’hydroxychloroquine n’est peut-être pas aussi prometteuse pour le traitement des patients atteints de COVID-19 qu’on l’espérait au départ.

L’étude n’étant pas un essai contrôlé et randomisé, les conclusions ont une importance limitée pour la communauté scientifique. Néanmoins, les auteurs affirment que les données obtenues sont en mesure de renseigner les cliniciens sur la dangérosité du produit pour les malades souffrant du Covid-19. Ils recommandent la prudence dans l’utilisation du médicament lorsqu’il n’est pas combiné avec l’azithromycine.

« Les données des études contrôlées randomisées en cours s’avéreront instructives lorsqu’elles seront disponibles », ont-ils écrit. C’est également la position défendue par le professeur français Didier Raoult, grand défenseur de la formule hydroxychloroquine-azithromycine (HCQ-AZ) pour lutter contre le Covid-19. Il dénonce au passage les biais contenus dans l’étude publiée par medRxiv. Il reproche tout particulièrement à ses collègues le fait que l’état clinique des patients dans les trois groupes étudiés n’était pas le même. Les personnes figurant dans le groupe témoin étaient moins malades, et présentaient donc moins de risques, que celles présentes dans les deux autres groupes.

Didier Raoult et ses alliés promettent de meilleurs résultats dans quelques semaines, après l’analyse de toutes les données issues des essais randomisés et contrôlés. Ils font allusion à l’essai européen Discovery qui livrera bientôt ses conclusions.

Les regards se tournent également vers de nombreuses autres thérapies qui sont à l’étude un peu partout autour de la planète. Il s’agit notamment de la collecte d’anticorps auprès des survivants de COVID-19 et leur injection aux patients, ou la collecte d’anticorps sur des souris génétiquement modifiées qui ont été délibérément infectées. Beaucoup de médecins semblent croire à cette piste.

Nasser Deka

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